La Démarche de l’Agriculture paysanne

Les six thèmes du projet d’Agriculture paysanne

Chaque thème est défini par des critères et chaque critère est évalué par un ou plusieurs indicateurs en fonction de leur pertinence dans le cadre de l’Agriculture paysanne. C’est cet ensemble, thèmes, critères et indicateurs, qui constitue une grille d’analyse et d’évaluation de la démarche, intitulé Diagnostic d’Agriculture Paysanne. Il est utile sur une ferme pour comprendre son fonctionnement et servir de repère dans la démarche vers l’Agriculture paysanne. Il peut également servir d’outil dans l’élaboration des politiques agricoles en se référant aux pratiques et aux éléments de contexte qu’il va valoriser ou pénaliser.

Les 6 thèmes proposent une approche multi-dimensionnelle de l’agriculture

  • L’autonomie
  • La répartition
  • Le travail avec la nature
  • La transmissibilité
  • La qualité des produits
  • Le développement local et la dynamique territoriale

Les 6 thèmes sont interdépendants

De même que les dimensions sociale, économique et environnementale de l’Agriculture paysanne sont indissociables, les six thèmes transversaux sont interdépendants. Il réside au sein de ces six thèmes une tension permanente, un équilibre fragile et un compromis permanent à trouver entre ces thèmes, critères et indicateurs, qui peuvent non pas se retrouver en compétition mais en confrontation, alors que chacun d’eux est très important. L’exemple classique est la surface de la ferme : si elle est relativement importante, elle permet plus facilement l’autonomie, mais dans ce cas elle peut aller à l’encontre de la répartition.

Découvrez chacun des 6 thèmes dans les articules ci-après.

La répartition est un thème emblématique du projet d’Agriculture paysanne.

Les paysan.ne.s en démarche d’Agriculture paysanne ont la volonté de répartir l’accès à la production afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au métier et d’en vivre : le projet d’Agriculture paysanne est un projet avec des paysan.ne.s nombreux.euses, et il convient d’évaluer la place « physique » que prend chaque paysan.ne dans ce qui est globalement limité, c’est-à-dire :

  • Les volumes de production par actif
  • Les surfaces par actif
  • Les aides PAC par actif

Le.a paysan.ne travaille avec et pour la nature. Le projet d’Agriculture paysanne entend remettre au cœur des enjeux cette dimension.

Le thème « Travail avec la Nature » est fondamental en Agriculture paysanne car il inclut le maintien de la biodiversité cultivée et naturelle, la gestion des intrants et de la fertilité des sols, la protection et la gestion quantitative et qualitative de la ressource en eau, la gestion des risques de pollutions ainsi que la contribution des systèmes de production agricole au bilan GES et à l’atténuation des changements climatiques, sans oublier la gestion des espaces et des paysages.

Selon la façon dont on l’aborde, la nature peut être notre alliée comme notre ennemie. L’Agriculture paysanne considère qu’il faut la préserver tout en travaillant avec elle. En effet, elle appelle à la fois à la préservation des biens communs (biodiversité, eau, sol, paysage) et à la pérennisation de l’outil de travail du.de la paysan.ne. Il est alors nécessaire de concilier productivité agricole et gestion durable des espaces non cultivés. C’est un équilibre fragile à trouver entre ces deux composantes, qui peuvent parfois être en confrontation. L’impact de l’activité agricole sur son environnement, qu’il soit positif ou négatif, n’est pas à exclure. C’est pourquoi il est également indispensable de tenir compte de la gestion des risques : pollution, émissions de GES.

La fonction première de l’agriculture est la production de denrées alimentaires en quantité et qualité suffisante.

La qualité des produits est multiple et peut se décliner en différents aspects (sanitaire, chimique, nutritionnelle, gustative). Cette qualité multiple dépend avant tout des méthodes et moyens de production mis en œuvre sur la ferme. La qualité des produits doit être reconnue et identifiable.

La transmissibilité illustre principalement les dimensions sociales et économiques de l’agriculture. C’est un des grands défis auquel nous allons devoir faire face dans les années à venir.

Avoir une ferme transmissible, c’est permettre à quelqu’un de la reprendre, de vivre de son activité, donc de maintenir des paysans nombreux sur l’ensemble du territoire. La transmissibilité des fermes est une condition essentielle pour répondre aux attentes de la société concernant l’emploi, la qualité des produits, le dynamisme de la vie rurale. Une ferme est facilement transmissible lorsqu’elle est attractive et "reprenable" économiquement.

Pour le réseau de l’Agriculture paysanne, être paysan.ne, c’est s’inscrire au cœur d’un projet de territoire. c’est aussi contribuer à la dynamique rurale.

Etre paysan.ne, ce n’est pas seulement exercer un métier à l’intérieur d’une ferme, ou n’avoir que des relations transparentes avec les consommateurs.trices. Etre paysan.ne, c’est aussi être un.e acteur.ice social.e, économique, citoyen.ne, ayant des impacts précis sur la dynamique territoriale. Si la pérennité de l’agriculture que nous souhaitons dépend pour partie de l’attitude des autres citoyen.ne.s, de leurs choix de consommation, l’avenir économique et social de notre territoire dépend aussi des paysan.ne.s, par leurs rapports aux autres, le choix de leurs relations sociales et économiques, leur contribution à la mise en valeur du territoire.

L’autonomie est à la fois la capacité d’être maître de ses choix et la possibilité d’exercer cette capacité.

Elle illustre la façon dont les décisions sont prises sur la ferme, ainsi que le fonctionnement économique, technique et financier de celle-ci. L’autonomie s’applique à l’échelle de la ferme, de la région, du pays.

Autonomie en agriculture ne signifie pas autarcie. Au contraire, l’autonomie repose pour une grande part sur la recherche locale de partenaires, dans une logique de complémentarité, avec les autres acteurs du territoire. Il s’agit donc de valoriser au maximum les ressources humaines, techniques et financières présentes localement. L’autonomie repose sur le partenariat et la complémentarité entre les productions, les paysannes et paysans, les régions agricoles, les acteurs locaux, la société. Les collaborations et les projets collectifs sont au cœur de l’agriculture paysanne.

De même, autonomie et soutien public ne s’opposent pas. Si nous sommes en mesure de comprendre les contraintes qui s’exercent sur l’action publique et celles qu’elle exerce sur nous, si nous sommes en mesure de les critiquer, les aides ne sont pas une dépendance mais la reconnaissance d’un travail utile pour la société. Et il est légitime et souhaitable que certains modes de production agricole soient soutenus par l’action publique.