Présentée Par Jean-Pierre SARTHOU
au Lycée agricole de FLAMARENS le lundi 1° DECEMBRE

Cette conférence s’est déroulée devant une centaine de personnes : étudiants et lycéens (BTS APV et ACSE, bac Pro CGEA) et adultes en formation du CFA de Flamarens, BPREA de Fonlabour, paysans et sympathisants de l’ADEART.
Après le mot d’accueil de monsieur Esplas, Proviseur, la présentation de l’ADEART par sa présidente et l’énoncé du déroulement de l’après-midi, nous avons pu entrer dans le vif du sujet avec l’exposé de Jean-Pierre Sarthou : une situation préoccupante aux causes multiples :
L’agriculture telle qu’elle s’est développée depuis 1950 dans les pays industrialisés puis un peu partout dans le monde a fortement contribué à la dégradation des sols :
• Spécialisation des productions par régions, souvent avec disparition de l’élevage nourri sur prairies et développement des élevages hors sol
• Remembrement avec élimination de haies, de talus, agrandissement des parcelles
• Intensification du travail du sol avec notamment des labours trop fréquents et trop profond entraînant dilution et dégradation de la matière organique (minéralisation accélérée). Sols et plantes oxydés (plus fragiles vis à vis des maladies et des insectes), particules fines : argiles et limons entraînés en surface par l’eau, le vent, ou en profondeur, créant une zone compacte peu exploitable par les racines et empêchant la circulation vers les nappes phréatiques.
• Utilisation d’engrais minéraux et recours aux pesticides défavorables à la biologie du sol, mauvaise valorisation des engrais azotés sur des sols pauvres en humus obligeant à en utiliser de plus en plus (cercle vicieux)
• Rotations trop courtes, pas assez de diversité de familles de plantes, notamment pas assez de légumineuses
• Parfois mauvaise utilisation de l’irrigation (compactage)
• Accélération de certains de ces processus par le changement climatique (périodes douces et humides prolongées en hiver : minéralisation)
• Mauvaise valorisation de la matière organique : une tonne de paille de céréale donnera 150kg d’humus stable enfouie seule, elle peut donner 3 fois plus si on apporte N,P S, car l’humus contient ces éléments, il ne pourra se constituer que s’ils sont disponibles. Il n’est pas envisageable de les apporter par des engrais minéraux (coût élevé), il faut penser plutôt à l’introduction de la luzerne ou aux fertilisants organiques. (On peut penser à l’utilisation de lisiers s’il y en a de disponibles à proximité)
• Sols nus en hiver, parcelles trop grandes, pas assez de surfaces de régénération
Par rapport à tous ces dysfonctionnements, parce qu’on a considéré que la nature n’était pas assez performante, l’agroécologie vise à travailler en accord avec elle.
La première préoccupation de l’agriculteur qui veut s’orienter vers l’agroécologie va être d’améliorer son taux de matière organique (le maintenir s’il est déjà bon, c’est plus facile !).
Comment faire : présence d’herbivores : privilégier les prairies temporaires de longue durée (fétuque, dactyle, luzerne, trèfle blanc...), plutôt que les fourrages annuels (RGI, maïs…). On va veiller aussi au bon stockage des fumiers et lisiers
s’il n’y a pas d’élevage : il va falloir supprimer, sauf exception, le labour, mais pas tout travail du sol (la suppression totale du travail du sol n’est possible que si le taux de matière organique est de l’ordre de 20 à 25 % du taux d’argile et n’est pas envisageable en AB) :
◦ Il faut faire des rotations longues : 6 ans au moins plutôt 7ou 8 ans avec des plantes variées : céréales d’hiver, colza, tournesol,maïs, fourragères porte graine, luzerne, surtout si possibilité d’échanges avec des éleveurs, cultures à vocation industrielle améliorantes pour la MO (miscanthus…). (La réintroduction des céréales de printemps est quelquefois mentionnée dans d’autres publications)
◦ En aucun cas, laisser le sol nu entre deux cultures, implanter des cultures intermédiaires à forte biomasse qui seront broyées avant la culture suivante. Elles seront enfouies sur quelques cms s’il y a travail du sol ou laissées en surface si on peut faire du semis direct : elles joueront le rôle de mulch qui évitera la battance (protection par rapport à la pluie) et éviteront un réchauffement excessif du sol (économie d’eau).
Le rôle d’éponge de la matière organique est souvent surestimé (en tant qu’effet direct), par contre la matière organique est très importante car elle permet le développement des mycorhizes (champignons microscopiques qui se développent autour des racines améliorant l’assimilation des minéraux et accroissant la mésoporosité). La mésoporosité, intermédiaire entre la macro.et la micro joue un grand rôle dans la capacité du sol à retenir l’eau. Ce sont de petits espaces qui permettent la circulation de l’air et le stockage de l’eau. (Attention à un usage excessif des fongicides).
Ensuite, l’agroécologie consiste aussi à s’entourer d’un environnement plus favorable : haies brise-vent, agroforesterie, bandes enherbées… : réduction des vents qui assèchent, ombre, refuge pour les prédateurs des nuisibles.
Si elle est bien maîtrisée l’agroécologie s’accompagne d’un gain de rendement et d’une réduction des charges :à l’échelle mondiale c’est le cas dans 63 % des situations : moins d’engrais, de produits phytosanitaires, de carburants, d’usure du matériel….
Exemple de deux parcelles de blé, juxtaposées, dans le département des Deux-Sèvres, l’une avec labour ; l’autre en ACS depuis vingt ans.
Puisque l’agroécologie permet à la fois une meilleure rentabilité de l’agriculture, une préservation de l’environnement [réduction du taux de CO2 à l’ère pré-industrielle si elle était appliquée partout sur la planète, objectif réalisable à long terme (d’ici 2100)] et une plus grande autonomie (on peut voir à ce sujet une conférence de JM Jancovici au sommet de l’élevage sur la crise énergétique qui nous attend : ndlr), la conclusion est la suivante : qu’est-ce qu’on attend ?
D’autre part l’intervention de Sébastien Jalby nous a rappelé que :
L’utilisation de matériel bien adapté et en bon état pourra être facilitée s’il est utilisé en CUMA, sans plomber la trésorerie de l’exploitation et améliorera les chances de réussite. Les groupes qui s’entourent d’un accompagnement technique, généralement, réussissent mieux et persévèrent dans la pratique du travail simplifié, alors que d’autres s’essoufflent.
Les pratiques agronomiques ont un impact sur la qualité de l’eau, les organismes chargés de la gestion de l’eau potable veulent promouvoir l’agroécologie. Une opération d’envergure (Objectif Sol) englobant une bonne partie du département va bientôt commencer, la FDCUMA est partenaire au côté de la Chambre d’Agriculture.
Une deuxième intervention de Jean-Pierre Sarthou :
Une méthode de séparation des principaux constituants des végétaux (lignine, cellulose, hémicellulose et sucres) permet à partir de ceux-ci d’envisager la fabrication d’agrocarburants avec de bons rendements d’où une bonne valorisation. Ce qui est envisagé en priorité c’est de développer la culture du miscanthus puisque c’est une plante perenne, rustique, qui n’épuise pas le sol puisque à maturité les sels minéraux redescendent vers les rhizomes et qui peut se cultiver dans la plupart des sols français sans irrigation. Comme la culture reste en place de nombreuse années (15 ans et plus) elle laisse un sol très riche en matière organique. Cette culture dont le principal inconvénient est le coût à la mise en place (de l’ordre de 4000€ l’ha mais qui peut être récupéré lorsqu’on l’arrête) est peu exigeante en main d’œuvre par la suite.
La même méthode de transformation peut être appliquée à d’autres végétaux : paille (mais c’est dommage pour la matière organique) et de façon plus intéressante aux mauvais foins par exemple.
Pour éviter que la culture de miscanthus soit accaparée par une poignée de très grosses exploitations les initiateurs du projet ont prévu la mise en place de quotas, mais c’est un système qui n’est pas encore étudié dans toutes ses implications.